" Peine de Coeur parle d’acceptation de soi, dans le sens général du terme.

Les premières images de la série datent de 2014 et illustrent un moment douloureux de ma vie.

Je cherchais une manière de me distancier des émotions que je ressentais.

Comme une urgence, une nécessité d’agir.

En 2020, j’ai décidé de relancer cette série en me concentrant cette fois sur les peines de coeur de mes modèles.

 

Ce projet est porteur d’un message : « accueillez-vous, tel.le que vous êtes. »

 

Comme lors de chaque rencontre avec mes modèles, je suis touchée d’entendre leurs parcours de vie.

Souvent, je me reconnais dans les sujets qu’elles choisissent.

 

Comme un écho de mes propres tempêtes.

 

La douleur a ce petit quelque chose d’universel…

 

En mélangeant nos univers,

C’est un peu comme si nous parlions autant d’elles que de moi.

Mon objectif et ma motivation première dans ce projet : iIlustrer leur peine tout en y mettant un peu de la mienne pour, ensemble, maximaliser notre incroyable potentiel de résilience.

Je trouve cela terriblement beau.

 

Je vois cette série comme un jeu de piste.

Le propos n’est pas visible de prime abord.

Des indices sont présents dans les images et poussent le spectateur à réfléchir.

J’aime quand les choses ne sont pas trop lisibles et qu’elles sont sujettes à interprétations.

 

C’est montrer tout en cachant,

Cacher tout en montrant.

 

Pour chaque participante, nous sélectionnons un objet et une partie du corps qui illustreront la peine de coeur choisie.

Les modèles écrivent un texte qui accompagnera les images et qui deviennent des sortes d’allégories.

 

Le nu symbolise la mise à nu complète, physique mais aussi émotionnelle du sujet photographié.

C’est comme un pari ;

Celui de poser un regard bienveillant sur son corps et son histoire.

C’est une façon pour celle qui pose de reprendre les commandes et le contrôle de son vécu.

 

Les fleurs sont comme une trame de fond, un point commun entre les images.

Les fleurs fraîches et séchées représentent la vie et la mort,

le passé et le présent,

mais aussi la féminité.

 

Parfois, on me demande si les séances ne sont pas trop chargées émotionnellement.

Chacune évoque en effet des situations douloureuses.

En réalité, ce sont des moments assez légers ;

Des moments de création et de transformation.

Nous faisons évoluer la douleur et nous la transformons en autre chose ;

Une chose nouvelle, différente et poétique."

Aude

 

 

 

 

Un mouvement,

Des mains,

Je rêve de mains,

Souvent,

Des mains tendues,

Ouvertes,

Qui se serrent,

Qui me serrent,

Me soutiennent,

Me caressent le visage,

Me portent.

 

Ce sont tes mains.

Qui ne ressemblent pas du tout aux miennes.

Longues et fines, soignées, des mains de pianiste, de dessinatrice, de comédienne et de peintresse.

 

Des mains qui ont fait mille choses et auraient pu en faire dix mille autres si une alliance n'était pas venue l'orner si tôt.

Que d'aventures tu as sacrifiée pour correspondre au modèle de l'époque.

 

Trop moderne tu étais, il paraît.

 

Alors ton monde tu l'as remonté dans ta maison, nous émerveillant du grenier au salon.

Des costumes, des livres jaunis à l'odeur de renfermé, des histoires, des contes et du bric à brac de sorcière.

Cabanes, feux de joie, bestioles libres et galopantes au jardin.

Tes mains galopantes sur le piano.

 

J'ai tenu tes mains, une dernière fois, sur un lit d'hôpital dans la dernière chambre au bout du couloir.

J'ai serré tes mains en ayant l'impression que c'était la première fois alors que c'était la dernière.

Comme une boucle.

 

Depuis mes aventures, je les vis pour toi.

Comme une intention.

Soigner les maux des vies passées.

Réparer les choses brisées.

Caresser le présent.

Rire des médisants.

Vivre follement une longue existence.

 

Chez les mort.e.s, le temps n'existe pas.

Forcément.

En vérité, nous sommes déjà toustes là.

À applaudir autour du piano en chantant, un gâteau d'un quelconque anniversaire allumé comme l'enfer sur une table nappée de tasses à fleurs, le feu crépitant, les livres jaunissant, les visages rigolant.

 

Pause.

On inverse les rôles,

Viens prends ma main.

C'est mon monde que je te remonte.

SARAH

 

 

 

 

Se mettre à nu (dans tous les sens du terme !) devant un objectif est une expérience assez particulière et intense.

 

Au début, un sentiment de gêne est présent. Il est clair que dans la vraie vie, on ne retire pas ses vêtements aussi spontanément et encore moins pour être pris en photo.

 

Mais une fois que les premières photos sont prises, on oublie vite la nudité grâce à la bienveillance de Valérie et à la beauté de son projet.

 

Cette expérience a été très thérapeutique et libératrice pour moi.

 

La peine de cœur que j’ai choisi d’illustrer est un événement très profondément ancré en moi et l’aborder de cette manière m’a amenée à réfléchir à comment il m’avait affectée en tant que personne et en tant que femme.

 

Et même si au départ, il s’agit d’une peine de cœur, j’en suis très reconnaissante car c’est ce qui a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui.

 

Sur les différents clichés, la position fœtale est un élément clé. J’ai choisi de l’exploiter car elle évoque très clairement ma peine de cœur mais sans trop la dévoiler.

Lucie

 

Un premier amour,

On le romance,

On l’idéalise.

On n’y a pas échappé.

Je t’aimais trop.

D’un amour aveugle et aveuglant.

Je n’ai pas senti l’emprise se resserrer,

Je n’ai pas vu tes mots arriver.

Ces mots,

Lourds de sens,

M’ont attirée vers les bas-fonds.

 

Dans les abysses m'attendait une attente intolérable,

Une immobilité insupportable,

Un silence assourdissant,

Une violence invisible.

 

Je luttais.

Contre ces mots.

Une lutte acharnée,

Un combat perdu d’avance.

M’accrochant,

Aux moments de coton.

L’énergie s’amenuisait mais je tenais bon.

Contre le sens du vent.

La raison me disait d’admettre ma défaite,

Que je ne pouvais pas la sauver.

 

Et puis un jour,

La goutte débordante et débordée.

 

Et la fin.

Un nouveau silence.

Une nouvelle page.

valérie

 

Eté chaud et triste.

 

Vue sur l'autoroute.

Odeur de barbecue.

Corps calcinés.

Jazz sur le tourne disque.

 

Je ne mange plus.

Je ne dors plus.

Je lutte contre la mort.

Je lutte contre ma vie.

 

Les dessins sur le papier peint dansent

Est-ce que je suis en train de perdre la tête ?

 

Je refuse.

 

Peu importe ma détermination, j'ai déjà perdu.

 

C'était un combat perdu d'avance.

 

Je m'endors

Alors que toi tu pars.

 

Je ravale ma tablette effervescente,

Grosses coulées bouillonnantes.

 

Et ce tunnel qui n'en finit plus

M'éloigne de vous,

M'éloigne de moi.

 

Les yeux dans l'horizon

Je m'assieds dans mon silence.

 

Je suis transparente

Pendant que vous vous souriez.

 

Mon coeur est un vagabond

Sorti à peine de sa prison

Il ne retrouve plus le chemin de mes émotions.

 

Coquille vide allongée

Regard au plafond

 

Ici règne comme une odeur de mon passé.

Pourquoi n'y a-t-il donc personne pour me rattraper ?

 

J'avais pas besoin de ça.

Pourquoi m'as-tu laissée sans même te retourner ?

 

J'ouvre le volet.

Pourquoi chez eux semble-t-il faire si bon alors qu'ici tout est creux et déserté.